Les militaires, nombreux comme dans toutes les villes de garnison, sont soignés à l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques dans un quartier qui leur est réservé, moyennant une aide de l’Etat de 8 sols par jour. Cette aide est nettement insuffisante car la pension fixée pour tout malade était de 23 sols.
Les militaires souffrent, outre des blessures dues à la guerre, de malnutrition, de maladies vénériennes (forte fréquentation des prostituées) et de troubles causés par le manque d’hygiène (inexistante dans l’armée à cette époque).
Le nombre de soldats stationnés en ville semble avoir été, selon les sources, considérable.
L’hospitalisation des soldats grevait encore davantage le budget des Hôpitaux, déjà en proie à de très grosses difficultés financières. Cette population de l’Hôtel-Dieu augmente encore à partir de 1750 ; il y a de plus en plus de soldats hospitalisés, si bien que l’administration hospitalière expose son mécontentement à l’Etat à ce sujet.
Mais cette fonction d’accueil des patients militaires n’allait plus très longtemps incomber aux hôpitaux civils puisque l’établissement à Toulouse du quartier général de l’armée du Languedoc rendait indispensable la création d’un hôpital spécialement affecté aux soldats malades.
La Révolution entraîne à Toulouse la disparition du Capitoulat, on établit des casernes dans plusieurs endroits de la ville (église des Cordeliers) pour assurer un arsenal pour mener les guerres contre l’Espagne.
En 1792, l’Assemblée Législative supprime les congrégations religieuses et expulse celles-ci (les Clarisses ou Dames de la Porte sont expulsées) ; la maison des Religieuses du Sac, dépendance du Couvent des Jacobins, Quai Saint-Pierre est transformée en hôpital militaire :
Le 22 juillet, l’administration municipale de Toulouse déclare :
« (...) le conseil arrête que le couvent des ci-devant Terciaires doit être remis au commissaire des guerres pour y établir provisoirement un hôpital militaire dont la destination sera de recevoir les galeux et des vénériens, seulement pour y être traités relativement à ces deux maladies et, dans le cas où la destination provisoire ne devienne pas définitive (sic), le dit local rentrera sous l’administration des biens nationaux. »
19 novembre 1792 : « Le conseil du département détermine (...) que la maison ci-devant religieuses du « sac » serait employée pour hôpital militaire ; celle des ci-devant Capucins pour les magasins des effets des hôpitaux et celle des écoles de Droit pour les fourrages, avec pouvoir aux commissaires de faire procéder incessamment aux réparations nécessaires pour mettre les bâtiments en état »
Cette rue du Sac où se trouvait le couvent va être rebaptisée Rue de l’Hôpital-Militaire et Rue Larrey. Cet hôpital Larrey est fondé en 1793 par Alexis Larrey, chirurgien-Major à l’Hôpital la Grave. (il va être fonctionnel jusqu’aux années 1980).
Si les Hôpitaux civils de cette période post-Révolutionnaire sont désorganisés, les hôpitaux militaires font l’objet au contraire d’une attention constante et se trouvent fournis de tout ce qui est indispensable au traitement des malades ; dans un rapport du Comité de Bienfaisance du 2 janvier 1794 on peut lire : « Un membre a fait un rapport sur les hôpitaux militaires de cette ville qui sont très mal organisés et qui vont très mal quant aux soins qu’on ne donne pas aux malades et à la malpropreté (...) Le citoyen Brière, commissaire des guerres, chargé de la surveillance et administration des hôpitaux militaires de cette ville, (doit) se rendre au présent comité pour lui faire connaître nos grandes sollicitudes sur la mauvaise gestion de ces hôpitaux, et de se concerter de suite pour l’amélioration de cette gestion et les soins nécessaires à donner aux malades ».
Cette marque d’intérêt est aussi portée sur la sortie de ces militaires malades pour les empêcher notamment de se retrouver désœuvrés en ville ( et pouvant ainsi être la source d’exactions, de troubles ou bien fréquenter des prostituées) et faciliter leur retour dans les bataillons :
« Les soldats, avant de sortir des hôpitaux, auront les choses les plus nécessaires pour leur vestiaire et leur route, afin qu’il puissent partir de suite, et, dès le moment qu’ils auront l’exéat des médecins ».
L’aménagement des locaux a nécessité du temps. En juillet 1794 les salles sont réparées et les conditions d’accueil des malades se sont améliorées ; il reste à déblayer les cours.
Au fur et à mesure du temps, l’Hôpital Larrey se transforme, s’adapte et s’améliore dans un contexte où la guerre est toujours dominante. Durant la période Napoléonienne, il est surtout spécialisé dans les maladies vénériennes.
En 1807, la campagne militaire du Portugal implique de nouvelles activités militaires pour Toulouse ; en 1808 lorsque Napoléon vient en visite à Toulouse, il va préparer la ville à son nouveau rôle de base arrière.
(Lors des guerres Napoléoniennes avec l’Espagne, Toulouse abrite un arsenal militaire qu’elle va garder jusqu’en 1970).
D’Alexis Larrey à Hippolyte Larrey
C’est dans cette même année 1808 que naît à Paris Hippolyte Larrey (fils de Dominique Jean Larrey lui-même neveu d’Alexis Larrey). Il va devenir chirurgien de Napoléon III et médecin-chef de l’armée lors de la campagne d’Italie de - 1859. Il est devenu membre de l’Académie de Médecine à compter de 1850 et de l’Académie des Sciences à compter de - 1867 ; à sa retraite, il est élu député de Bagnère-de-Bigorre. Il a eu une action prépondérante en faveur de la loi de 1882 qui devait marquer l’autonomie du Service de Santé des Armées.
C’est son nom qui sera donné au futur hôpital militaire construit au siècle suivant.
Le 10 avril 1814, Toulouse est le théâtre de la bataille contre les troupes anglo-espagnoles de Wellington, victorieuses des troupes françaises du Maréchal Soult.
En juillet 1854, une épidémie de choléra prend sa source à l’Hôpital militaire, 900 cas sont recensés en ville ; on y comptera 500 morts « seulement » ...car la même épidémie a fait en revanche 10 000 morts en Ariège.
Tout près de l’Hôpital Rangueil, la nature géologique du sous-sol a nécessité des fondations spéciales : il a fallu quelques 300 pieux allant jusqu’à 1,10 m de diamètre et atteignant des profondeurs de 14 mètres pour asseoir le bâtiment sur le bon sol.
Le bloc hospitalier a été ensuite construit en 2 corps de bâtiments accolés : une partie « hospitalisation » sur 8 niveaux, en « V ». Toutes les chambres sont proches du plateau technique où sont regroupés les services médicaux-techniques et généraux. Un « point de montée » central regroupe les moyens de circulation verticale.
En totalité, la surface construite représente 42 000 m2 de bâti.
Les travaux de ce nouvel Hôpital Hippolyte-Larrey se sont achevés au mois d’août 1984 : 22 ans de démarches et 25 mois de travaux ont été nécessaires.
Le CHA (Centre Hospitalier des Armées) de Larrey ouvre ses portes le 12 novembre 1984.
Voici une description du hall d’entrée tel qu’il était en 1984 :
« Au nouveau Larrey, on ne se croirait pas dans un hôpital. Tout autour, d’abord, des espaces verts et des arbres. Avant l’entrée, une sculpture moderne en marbre de Carrare vous accueille. Le hall d’entrée est presque raffiné : brique rose sur les murs, avec des plantes vertes un peu partout. Les militaires auront droit à des boutiques, comme à l’aéroport.
Pas d’uniformité non plus dans les services : les murs de chacun d’entre eux ont leur couleur ; résultat : une atmosphère très sécurisante. »
L’Hôpital Hippolyte Larrey soignera les militaires de 1984 à 2000