Qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer ?

Publié le 05/02/2016 à 15h41 (mis à jour le 22/07/2016 à 16h20)

Aujourd’hui, en France, environ 900 000 personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer ou maladie apparentée. Elles devraient être 2 millions en 2020, compte tenu de l’augmentation de l’espérance de vie. La gravité de l’impact de la maladie sur la qualité de vie des personnes malades et de leurs aidants impose une forte mobilisation, notamment par les gouvernements successifs avec la mise en place du plan Alzheimer (Plan Alzheimer 2008-2012).

La maladie d’Alzheimer est une lente dégénérescence des neurones, qui débute le plus souvent au niveau de l’hippocampe, région du lobe temporal interne indispensable à la mise en mémoire, puis s’étend au reste du cerveau. Elle se caractérise par des troubles de la mémoire à court terme, des fonctions exécutives (capacités d’anticipation et de planification) et de l’orientation dans le temps et l’espace. La maladie d’Alzheimer résulte d’un processus pathologique cérébral spécifique. L’étude du cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer montre deux types de lésions qui signent le diagnostic de certitude de la maladie :

  • les plaques amyloïdes ou « plaques séniles » : il s’agit du dépôt anormal, en dehors des neurones, de la protéine béta amyloïde, anormalement produite au niveau neuronal.
  • les dégénérescences neurofibrillaires : il s’agit de l’apparition, dans les neurones, d’anomalies de la phosphorylation de la protéine Tau qui entraînent la mort du neurone.

Ces lésions apparaissent bien avant les premiers symptômes. Elles débutent le plus souvent dans la région des hippocampes et vont envahir progressivement les différentes zones du cortex cérébral jusqu’aux premiers signes cliniques, plusieurs années plus tard. En effet, ces lésions sont longtemps silencieuses puis entrainent des manifestations visibles au fur et à mesure qu’elles se multiplient et touchent des zones importantes pour le fonctionnement cérébral. C’est pour cela que les signes ne sont pas identiques pour tous les malades.

Les facteurs de risque

L’âge est le facteur de risque principal :

  • avant 65 ans, moins de 2 % des cas de maladie d’Alzheimer surviennent essentiellement chez des personnes atteintes de formes familiales héréditaires rares.
  • après 65 ans, la fréquence de la maladie s’élève à 2 à 4 % de la population générale, augmentant rapidement pour atteindre 15 % à 80 ans.

Les femmes sont plus exposées à cette maladie : au-delà de 75 ans, elle atteint environ 13 % des hommes et 20,5 % des femmes. Mais cette différence pourrait être liée aux écarts d’espérance de vie.

Le risque de développer la maladie est en moyenne multiplié par 1,5 si un parent du premier degré est touché. Il est multiplié par 2 si au moins deux le sont. Certains facteurs de susceptibilité génétique peuvent augmenter le risque de survenue de la maladie, mais d’autres peuvent le diminuer et agir comme des facteurs protecteurs : l’Apolipoprotéine E (ApoE) est une protéine qui régule le transport du cholestérol et joue un rôle dans l’entretien et le remodelage des neurones. Le gène de l’ApoE existe sous trois formes (allèles) : E2, E3 et E4. Être porteur d’un ou deux allèles « E2 » du gène de l’ApoE va réduire le risque de maladie d’Alzheimer de plus de la moitié, alors que la présence d’un ou deux allèles « E4 » multiplie respectivement le risque par trois et par douze, selon les dernières études.

Le rôle des facteurs environnementaux est non négligeable car accessible à la prévention : les facteurs de risques cardiovasculaires (hypertension, cholestérol, diabète, sédentarité, obésité). Les facteurs protecteurs comme l’alimentation, l’activité physique, cognitive et sociale.

Les signes cliniques

La maladie d’Alzheimer reste une entité clinique (difficultés confirmées par les tests) et biologique (confirmation ou infirmation par les biomarqueurs), même si les lésions cérébrales débutent des années avant les premiers signes.

La maladie va évoluer progressivement avec des troubles n’interférant pas sur le fonctionnement social et dans les actes complexes de la vie quotidienne, on parle de MCI (troubles cognitifs léger) ou « stade prodromal » de la maladie, jusqu’au stade de « démence » signant la perte d’autonomie du patient.

La plainte de mémoire est à prendre en compte car elle peut être un signe d’entrée dans la maladie comme les modifications de la personnalité (dépression, anxiété, irritabilité, apathie...). Le trouble de la mémoire récente est le plus fréquent des symptômes, il est d’autant plus inquiétant qu’il est repéré par l’entourage.

Trois questions à se poser :

  1. est-ce que la mémoire à court terme a diminué depuis un an ?
  2. la personne oublie-t-elle ce qu’elle a fait la veille ?
  3. fait-t-elle des répétitions dans une conversation ?

Il peut exister des difficultés d’exécution, d’organisation dans les activités courantes (ne plus savoir utiliser l’électroménager, être perturbé lorsqu’on sort du quotidien...), la perte de repères dans le temps, l’espace. Puis apparaitront des troubles du langage (d’expression, de compréhension), de la gestuelle (capacité pour s’habiller, se laver, se déplacer...), du jugement. Le malade perd progressivement ses facultés cognitives et son autonomie.

Qu’est-ce qu’un biomarqueur ?

Un biomarqueur est une caractéristique mesurable objectivement qui représente un indicateur des processus biologiques normaux ou pathologiques ou de réponse pharmacologique à une intervention thérapeutique (définition officielle de la NIH).

Exemples : biomarqueurs moléculaires, biomarqueurs en imagerie…

La maladie d’Alzheimer s’accompagne de modifications cérébrales (les plaques séniles constituées de peptides béta-amyloïdes, la dégénérescence neurofibrillaire avec la phosphorilation de la protéine Tau, la mort des neuronale).

Deux types de marqueurs sont utilisés dans le diagnostic de la maladie d’Alzheimer :

  1. l’imagerie :
    • l’IRM (imagerie par résonance magnétique) qui permet de mettre en évidence une diminution du volume cérébral ou atrophie, en particulier dans les régions des hippocampes qui est à corréler avec les troubles de mémoire.
    • le TEP (tomographie par émission de positon) au FDG (glucose radiomarqué) qui renseigne sur le fonctionnement des structures cérébrales.
    • le TEP amyloïde qui permet de faire un marquage des plaques amyloïde. Cet examen n’est accessible pour l’instant que dans le cadre de la recherche.
  2. les biomarqueurs du liquide céphalorachidien (LCR) : il est obtenu par la réalisation d’une ponction lombaire après anesthésie locale, avec des aiguilles atraumatiques et des tubes de prélèvements spécifiques. Les résultats de l’analyse du LCR des patients atteints de la maladie d’Alzheimer associe généralement une diminution des peptides amyloïdes Aβ42 et une augmentation des protéines Tau et de leurs formes phosphorylées P-Tau.
    Ces marqueurs apparaissent tôt dans l’évolution de la maladie. Ils permettent d’identifier les patients de façon plus précise et à des stades précoces.

Ces marqueurs apparaissent tôt dans l’évolution de la maladie. Ils permettent d’identifier les patients de façon plus précise et à des stades précoces.

Un nouveau concept serait d’agir en prévention en associant la recherche de facteur de risques et biomarqueurs chez des sujets asymptomatiques. Différentes cohortes de volontaires sont constituées dans le monde mais aussi en Europe et des essais devraient débuter très prochainement.

Liens utiles sur la maladie d’Alzheimer