La naissance du Projet culturel du CHU de Toulouse au début des années 2000

Pourquoi avoir fait entrer la culture à l’hôpital ?

Publié le 17/02/2021 à 16h42 (mis à jour le 19/02/2021 à 14h50)

Comme le préconisait la convention du 4 mai 1999 [PDF - 262.6 ko] signée entre les Ministères de la Santé et de la Culture, le Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse pouvait se donner l’objectif "d’améliorer l’accueil des personnes qui lui sont confiées par des activités culturelles et artistiques" . Le premier projet culturel se construisait.

Pour la première fois, la Culture - au service des malades - s’inscrivait dans le projet d’Etablissement et appuyait notamment les actions du Projet Médical et du Projet de Soins ainsi que celui du Projet Professionnel et Social.

Il représentait dès le début des années 2000 une démarche qualité au service de l’humanisation de l’environnement hospitalier et de l’amélioration permanente des conditions de séjour du malade hospitalisé.

Le Projet Culturel confirmait et enrichissait dès lors de ce fait la mission d’accueil et d’hospitalité de l’hôpital tout en soulignant le rôle social majeur qu’il a toujours occupé dans l’histoire de sa ville.

Il devait s’implanter progressivement dans les services qui voulaient bien accueillir ses intervenants ; il fallait travailler avec humilité, présenter les projets, sans déranger les soins (la culture n’était-elle pas étrangère à l’hôpital ?) ; en présentant le fait culturel aux personnels soignants non comme de l’Art thérapie mais comme un supplément destiné à améliorer le séjour des patients.

Sur tous les sites du CHU, les commissions culturelles étaient composées de personnels de la direction et des soignants, afin que les choix soient partagés : l’acceptation du projet culturel par les soignants dans un contexte de travail et d’horaires toujours difficiles était la condition pour le concrétiser.
Et cela ne pouvait être fait qu’au moyen de petits essais successifs, pas toujours fructueux au départ : alors que l’on manque de soignants, pourquoi faire venir des poètes ou des musiciens ?

Voir aussi : Culture et Santé - textes de références

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L’Hôpital des Enfants : pionnier en matière de culture en milieu hospitalier

Publié le 17/02/2021 à 16h55 (mis à jour le 23/02/2021 à 13h53)

L’Hôpital des Enfants a toujours été innovant en matière de culture, pour des petits patients que la maladie ou le mal-être a exclu du système scolaire. En 1950 fut ouverte la première école pour enfants hospitalisés...et c’était à Toulouse. L’Hôpital accueillait alors en résidence l’Education ... l’Art et la Culture allaient suivre.

Des moyens financiers et infrastructurels ont permis de concrétiser d’importants projets tels Canal Sourire qui devint Télé Tam-Tam : une chaîne de télévision interne à l’Hôpital des Enfants pour retransmettre diverses animations (conteurs, théâtre de marionnettes...)

L’éducation à l’image était aussi travaillée en partenariat avec la Cinémathèque de Toulouse. Le cinéma, ludique, est aussi un outils de mémoire, mais une explication des images est indispensable pour les enfants débordés par elles sans bénéficier en parallèle de « codes » pour les décripter et les interpréter.

Le principe fondateur était que la Culture, comme l’Education, est un droit pour tous et participe au lien social : ce dernier ne devant pas être rompu lors d’un séjour à l’hôpital comme cela est souvent ressenti, et ce pour les enfants comme pour les adultes.

Passion, ambition et indépendance - mais aussi exigence de pragmatisme - étaient les maîtres-mots des premières programmations culturelles, en évitant les écueils tels « l’effet vitrine » et les tentatives de récupérations.

Pour Erik Fabre-Maigné, impliqué dans la culture au chevet des enfants hospitalisés depuis 1995, il s’agissait « d’améliorer le bien-être psychologique des enfants par l’intermédiaire d’activités ludiques sans se soucier des critères quantitatifs ». Il illustrait son propos par une citation de Vladimir Maïakovski, poète Russe : « l’élitisme pour tous » ; autrement dit la qualité des prestations culturelles comme premier critère de choix et d’évaluation.

Erik Fabre-Maigné s’est attaché à faire reconnaître la culture comme une nécessité citoyenne, une valeur de partage, ayant sa part légitime dans la mission de santé publique, et sa diffusion comme un nouveau métier à part entière dans l’institution hospitalière.

Sur le terrain, l’enfant accepte mieux les soins infirmiers si une activité ludique - permettant de détourner son attention - est présente à son chevet, même si des réticences vis-à-vis des activités culturelles qui lui sont proposées peuvent survenir. L’artiste apprivoise le jeune patient qui finit par s’impliquer.
Artiste et enfant travaillent sans que l’émotion véhiculée par le second ne viennent submerger le premier.

L’émotion - véhiculée mais non envahissante - passait par exemple par les lectures de poésies au chevet, dirigées par Hervé Taminiaux, pour partager la parole et établir un rapport entre l’intime et l’extérieur (entre le patient hospitalisé et la société).

Par l’expérience de l’altérité avec le langage, l’artiste doit déceler la vitalité cachée du patient.

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L’Hôpital de Rangueil : la culture dans un hôpital de court séjour

Publié le 17/02/2021 à 16h57 (mis à jour le 19/02/2021 à 14h51)

Au début de ces années 2000, la question était : comment adapter le projet culturel du CHU dans un hôpital d’adultes hospitalisés pour une durée de 4 à 5 jours en moyenne ? Les différences avec l’Hôpital des Enfants étaient alors multiples :

D’abord la nouveauté : si la culture et l’animation étaient "faciles" à défendre pour une implantation auprès d’enfants, comment la justifier pour des patients adultes, autrement dit auprès d’un public pouvant mieux gérer, accepter son passage à l’hôpital ? En avait-il besoin ? L’accepterait-il ? Sous quelles formes ?

Les chargés culturels sont allés - encouragés par l’Institution - au chevet des patients réaliser ce travail.

Christian Bessede, agent de restauration du personnel et détaché à la culture - conscient que l’Art est le premier code social universel de l’humanité, selon cette formule qui était la sienne - circulait dans les services d’hospitalisation avec son concept d’atelier mobile de peinture au chevet des malades.

Alors que le patient, devant une toile blanche, était invité à s’exprimer, Christian entendait toujours le même propos auquel il s’était préparé : "peindre une toile, mais j’en suis incapable !" Sans jugement et en silence, il observe son peintre du moment, soudainement intéressé puis gagnant progressivement en assurance. La magie opérait lorsque Christian, retravaillant dans le frais les esquisses du patient, transformait, sans la trahir, son oeuvre.

Pourquoi Christian faisait-il cela ? Pour entendre le patient lui dire : "Pendant que je peignais, j’ai oublié l’hôpital et la maladie..." ou bien " sans vous, je n’aurais jamais touché à un pinceau !"

Ce lien social universel transcende les langues et les cultures et l’atelier mobile était un moyen de concrétiser ce lien et de ce fait n’était pas un simple "passe temps" pour les malades qui, pour beaucoup d’entre eux, faisaient connaissance avec l’expression artistique pour la première fois de leur vie...et dans une chambre d’hôpital !

L’art était venu à eux au moment où ils en avaient le plus besoin (peut-être l’ignoraient-ils alors), une fois sortis de l’hôpital avec la santé retrouvée ou la souffrance atténuée, peut-être emportaient-ils autre chose avec eux...

Jean-Marc Lafont, animateur culturel, complétait le dispositif en organisant dans l’espace culturel, des expositions de peinture temporaires où les patients et leur famille pouvaient trouver un îlot d’évasion et de réconfort, (trop) souvent nécessaire. Il invitait des artistes amateurs pour une programmation d’une durée variable, à venir exposer dans le hall leurs oeuvres.

Pourquoi Jean-Marc faisait-il cela ? Pour entendre le patient ou le visiteur lui dire : "Sans vous, je n’aurai jamais osé entrer dans une galerie d’art !"

Comme la musique, le théâtre et la poésie, l’art permettait au patient – de façon immédiate, du moins le souhaitait-on à chaque animation – d’oublier l’espace d’un moment sa douleur, son hospitalisation.

La culture s’installait et se faisait progressivement acceptée comme supplément indispensable aux soins du corps et destinée tant aux patients qu’aux personnels soignants.

Les personnels en effet se voyaient eux aussi impliqués dans le Projet Culturel au moyen d’évènements tel que le Concours des Artistes Hospitaliers organisé chaque année pour eux, dans lequel ils pouvaient exercer leur hobby artistique (et ils sont nombreux à pratiquer une activité de ce type) ou bien extérioriser un besoin (souffrance vue, vécue...).

L’hôpital est un lieu de douleur mais aussi de couleurs, pour tous.

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L’Hôpital Purpan "haut" : l’implantation culturelle la plus récente

Publié le 17/02/2021 à 17h01 (mis à jour le 19/02/2021 à 13h00)

La commission culturelle de l’Hôpital Purpan était la plus jeune par rapport à celles des autres sites.
La difficulté résidait dans le fait que la configuration pavillonnaire de l’hôpital n’avait pas permis de définir un « espace culturel » comme celui de Rangueil. Ce dernier, comme l’Hôpital des Enfants, disposait déjà d’un lieu de centralité permettant les rencontres culturelles, ce que n’avait pas Purpan.
Cette absence ne constituait cependant en rien un obstacle aux différents projets.

Purpan bénéficiait notamment sur son site des fantômes du Millénaire en partenariat avec le service socio-culturel de la Mairie de Toulouse (partenaire pour tous les sites du CHU). Il s’agissait de "monologues" théâtraux mettant en scène des personnages célèbres de l’histoire toulousaine pour présenter celle-ci de façon vivante aux usagers : Pierre-Paul Riquet ; Jean Calas, Paule de Viguier, Antoine de Saint-Exupéry, Clémence Isaure... Ce sont au total 10 comédiens professionnels qui intervenaient partout.

Les patients avaient-ils l’habitude d’aller au théâtre ? Qu’importe ! Le théâtre allait venir à eux !

A défaut de centralité, l’hôpital Purpan bénéficiait d’un atout : les espaces verts, qui permettaient de concrétiser des rencontres musicales avec un important succès.

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La DRAC et l’ARH : vers une « évaluation » des projets culturels

Publié le 17/02/2021 à 17h04 (mis à jour le 19/02/2021 à 16h19)

Ces deux partenaires représentaient un financement incontournable des projets culturels du CHU.

Le rôle de ces deux organismes étaient d’observer les « résultats » sur le terrain. Leur tâche, et celle du CHU était ardue car parler d’évaluation dans le domaine de la culture est délicat.
On ne parle pas dans ce domaine « d’audimat », de « succès public » ou encore de « nombre d’entrées ». Le « résultat » est ici mesuré de façon qualitative et non quantitative : "Les animations prévues par les Commissions culturelles des différents sites hospitaliers et financées par de l’argent public ont-t-elles été réalisées et étaient-elles de qualité ?" Telle était la problématique de « l’évaluation ».

La culture obéit à la loi de l’offre, tout autant qu’à celle de la demande : donner de la qualité quel que soit le nombre de patients présents lors d’une animation.

La DRAC et l’ARH demandaient déjà aux différents responsables culturels du CHU de penser une forme commune d’évaluation.
L’évaluation, permanente (bilans, livres d’or, calendriers d’interventions...) devait être à la fois technique (qui fait quoi, comment, où et quand, avec quels contenus et moyens) et qualitative (choix des Commissions culturelles).

Aujourd’hui, 20 ans après, comment organiser la Cuture à l’Hôpital ? Avec quels budgets ? Comment penser l’offre culturelle - avec le même cahier des charges en matière de qualité - mais pour des patients dont la durée moyenne d’hospitalisation ne cesse de se réduire ? Telle est la nouvelle problématique de l’offre culturelle à l’hôpital des années 2020...
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