Qui sont les bienfaiteurs des hospices ?

Publié le 22/07/2020 à 13h41 (mis à jour le 23/07/2020 à 15h41)

Au cours du XVIème siècle et tout au long du XVIIIème siècle, les bienfaiteurs des hospices, souvent très généreux, ont été nombreux à faire don ou legs de tout ou partie de leurs biens sous forme matérielle ou pécuniaire.

Une fondation créée le 21 mars 1557 assurait à ces généreux donateurs des messes pour le repos de leur âme et le droit d’avoir leur portrait exposé.
Ces portraits de bienfaiteurs vont, pendant quatre siècles, orner les grandes salles des malades, les salles d’honneur et les couloirs des hospices, mais aussi des Maisons de Charité de Toulouse.
Réalisés en général après le décès du donateur, ces tableaux, même s’ils n’ont pas de valeur artistique reconnue, ont été pendant des siècles des témoignages des costumes et des figures passées.

A la Révolution, le club local des Jacobins, par idéologie patriotique, a décidé de modifier les couches picturales des portraits afin de déguiser les bienfaiteurs en Sans-Culottes en les habillant avec le costume révolutionnaire. Certains portraits ont été conservés sur place, d’autres ont été retirés. Le 5 Thermidor an III (1795), la visite d’un représentant du peuple a fait revenir dans la salle des Assemblées les portraits des bienfaiteurs « à condition que fussent effacées toutes marques de féodalité ou signes de noblesse ». Ce vaste programme fut-il exécuté ? On peut supposer qu’au cours de cette opération, de nombreux portraits, en particulier ceux des ecclésiastiques, furent exclus et entreposés dans des débarras ou tout simplement jetés…

Une restauration des toiles, entreprise en 1852, a permis de recenser 92 portraits donnés entre 1760 et 1841.
En 1869, Hyacinthe Carrère, pour la rédaction de son guide des étrangers dans Toulouse, visita les hôpitaux et maisons de charité de la ville et dressa un inventaire des portraits de bienfaiteurs qu’il y a trouvé.
Il a identifié 298 tableaux avec dédicace représentant 253 personnages : plusieurs personnes ayant leur image dans deux ou même trois établissements, comme par exemple Bernard Labat de Mourlens (dont les deux portraits existants ont été retrouvés en 2006 et 2015) bienfaiteur à la fois de l’Hôtel-Dieu et de la Maison de Charité de Saint-Etienne.
En ce qui concerne les portraits de bienfaiteurs illisibles (abîmés) ou même en bon état mais sans dédicace, Carrère parle d’un « très grand nombre" (sic) d’œuvres…Les historiens pensent qu’il n’a certainement pas utilisé ce terme pour quelques dizaines de tableaux seulement. On peut alors estimer qu’en 1869 il devait y avoir plus de 500 portraits au total.

Les 298 tableaux identifiés étaient détenus par 10 établissements ; parmi eux l’Hôtel-Dieu en abritait 138, la Grave 74, l’hospice des Orphelines 11 et 73 étaient répartis dans les sept maisons de charité des différentes paroisses de la ville (voir article de l’Auta).

En 1905, le docteur Barbot signalait que deux rangées de portraits décoraient sur toute leur hauteur les murs de la salle des Pèlerins à l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques. Parmi les personnalités représentées figuraient les portraits des trois sœurs Du Barry, du chanoine Jean de Rudelle fondateur du service des incurables, de J.-P. d’Assézat en costume d’apparat. Barbot écrivait : « L’Hôtel–Dieu est plus qu’un asile pour les malheureux, c’est presque un demi-musée. La galerie des nombreux portraits de ses bienfaiteurs […] constitue un hommage à la mémoire de généreux philanthropes, depuis les plus humbles jusqu’aux privilégiés du sort et de la fortune […] ».

Depuis, ce nombre a considérablement diminué. Il y a eu la guerre, le déménagement de Purpan (1946) la « modernisation » de l’Hôtel-Dieu (1960). Ces bouleversements allaient entraîner la dispersion de la collection. En 1946, certains portraits étaient conservés dans les sous-sols de l’Hôpital Purpan et trois d’entre eux ont été retrouvés au Musée des Augustins.

Aujourd’hui, l’Hôtel-Dieu ne possède plus qu’un peu plus d’une vingtaine de ces portraits de bienfaiteurs exposés au public. Ils constituent des témoignages des costumes et des figures passées...