Histoire du Centre médico-thermal Ramel de Luchon (1864 – 1999)


La Villa Ramel à Luchon. carte postale 1908. Coll. Paul Clanet
La Villa Ramel à Luchon fut le premier établissement thermal des Hôpitaux de Toulouse. Il fut vendu en 1999.

En 1864, Antoine Alexis Ramel, riche négociant et maître de poste toulousain, après la perte de ses deux filles, a fait œuvre de bienfaisance en donnant aux Hospices Civils de Toulouse la somme de 400 000 francs (la plus grande partie de sa fortune, qui équivaudrait à notre époque à une somme de 30 millions de francs soit plus de 4 500 000 euros). La condition de ce legs était la fondation d’une maison de santé destinée à accueillir, à 150 km de Toulouse, à Bagnères-de-Luchon, la classe des « artisans honnêtes ».
Alexis Ramel meurt en 1864 à Saint-Sauveur.

Des négociations longues et difficiles (1864-1877)

Il a fallu 14 ans pour arriver au bout de la procédure, car il était préalablement nécessaire de vaincre d’abord la crainte des Luchonnais de voir arriver des malades portant tort à la renommée de leur commune : la ville de Luchon disposait déjà d’un grand renom en accueillant des curistes fortunés, grands bourgeois et aristocrates.
A cela se sont ajoutées les difficultés d’expropriation puis les hésitations sur le choix d’un site : il fallait trouver un établissement conforme aux volontés du défunt.
Citons encore par exemple la lenteur procédurière : le Décret Impérial autorisant les Hospices Civils à accepter le legs Ramel aux charges imposées a été publié 30 mois après le décès du légataire.
Les procédures d’acquisition ont probablement constitué l’affaire la plus difficile à mener pour les Hospices Civils de Toulouse durant tout le XIXème siècle, en voici le détail :

De 1864 à 1870 : les Luchonnais sont informés du projet des Hospices Civils de Toulouse, visant à installer sur leur commune un établissement de Cure pour une clientèle peu aisée, voire nécessiteuse. Ne souhaitant pas voir s’installer ce nouveau type de curistes pour les raisons évoquées plus haut, les propriétaires de la ville font valoir des exigences démesurées sur le prix des terrains. Face à ces propositions exorbitantes, les Hospices vont se tourner vers la commune voisine de Saint-Mamet.
De 1870 à 1874  : Un terrain est choisi à Saint-Mamet où les prix sont nettement plus avantageux, car les habitants voient là une chance à saisir pour rivaliser avec leur puissant voisin… Cependant, les thermes sont à Luchon et il est nécessaire, pour permettre aux futurs curistes de s’y rendre, de construire un pont sur la rivière de la Pique, ce qui implique des expropriations (22 parcelles de terrain sur une superficie de 2 hectares). Pendant 1 an, ce sera l’effervescence à Luchon contre ce projet. En effet, si la commune de Luchon craint l’implantation d’un tel hospice sur ses terres, elle refuse aussi la possibilité de concurrence de sa voisine Saint-Mamet.
Les Hospices Civils de Toulouse vont jouer la carte de cette concurrence.
1877, 21 septembre, le Préfet autorise l’acquisition par les Hospices de la Villa Bertin sur la commune de Luchon.

Le premier Hospice de Ramel (1877-1972)

Cette villa était avantageusement située et avait servi de demeure à l’impératrice Eugénie de Montijo et au prince impérial Louis Napoléon en 1867 pour soigner un phlegmon.

En 1878, les premiers malades y étaient hébergés et, pendant des années, la « Villa Ramel » allait accueillir les curistes des hospices civils dont certains étaient accompagnés par les Sœurs de la Charité.
Chaque année, du 1er mai au 1er novembre, plusieurs « convois », comportant alternativement des hommes et des femmes, partaient des hôpitaux toulousains pour rejoindre Luchon, les patients y séjournant pendant 20 jours.
Répertorié dans le règlement annexe des hospices civils de 1901 sous le nom d’Hospice de Ramel, ce centre recevait pour un traitement thermal les malades indigents de Toulouse.
L’Hôpital Ramel, dont le projet avait pourtant été combattu par les Luchonnais, a contribué pour une large part à l’essor thermal de la ville de Luchon (1).

De la Villa au Centre médico-thermal (1972-1999)

Après une fermeture temporaire en 1972 pour des raisons de modernisation (2) (fermeture qui allait créer un véritable vide médico-social), le nouveau Centre médico-thermal Ramel était installé, en mai 1977, dans l’immeuble de l’ancien Hôtel Majestic (3), acheté par le CHR à l’Association pour le Développement des Œuvres d’entraide dans l’Armée. Ce nouveau centre a été intégré au CHR de Toulouse.
La capacité d’Hospitalisation du nouveau centre, mitoyen à l’ancien domaine de Ramel, était alors augmentée à 81 lits pour l’accueil de 400 curistes par an et une durée de séjour de 3 semaines en moyenne. Plus petite structure de l’ensemble du CHU, le centre était actif pendant la période thermale de fin avril à novembre, c’est-à-dire pendant la période d’efficacité et de confort maximaux pour le curiste.

Cette modernisation des moyens d’hospitalisation s’était doublée d’une opération d’humanisation : aux anciennes salles communes de Ramel ont succédé des chambres à 1 ou 2 lits dotées de tout le confort souhaitable. Des chambres particulières pour les cas d’isolement médical ont été prévues.
Un parc, celui de l’ancien site de la villa, était situé à coté du Centre.

Ce centre, qui faisait partie du groupe hospitalier Salies / Luchon administré à la Fontaine Salée à 70 Km de là, ferma ses portes définitivement en 1999 et ne fit plus partie, dès lors, des établissements du CHU de Toulouse.

(1) Luchon est la troisième station française par le nombre de curistes et la première à l’ouverture saisonnière.
(2) La villa étant très vétuste, les travaux nécessaires de rénovation aurait été trop importants, ce qui explique le choix d’un nouveau site.
(3) fondé dans les années 1920 par le milliardaire américain Reeks…c’est le premier hôtel de Luchon à posséder un ascenseur.