L’ancien bloc opératoire de l’Hôtel-Dieu des années 1960 - 1976

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2018, plusieurs milliers de personnes vinrent visiter les espaces patrimoniaux de l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques et de l’Hôpital de La Grave.
Bien peu de ces visiteurs eurent toutefois la chance de découvrir la quatrième salle patrimoniale de l’Hôtel-Dieu, inconnue de la plupart des toulousains et même des hospitaliers : le bloc opératoire de traumatologie des années 1960.
Ce symbole des toutes dernières activités médico-chirurgicales de l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques, aujourd’hui disparues, était jusque-là fermé au public et fut ouvert exceptionnellement, sur inscriptions, pour ces journées.

Fort de ce succès, Le CHU de Toulouse souhaite maintenant faire découvrir au plus grand nombre ce nouvel espace en l’ouvrant aux visites guidées ! (voir conditions en fin de page)

Avec le départ du dernier service d’hospitalisation, la chirurgie orthopédique et traumatologique en 1987, l’Hôtel-Dieu devient le siège des directions fonctionnelles du CHU. Les locaux sont alors complètement réaménagés mais un des blocs opératoires de ce service est, à la demande de l’Association des Amis de l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques et de La Grave, conservé au milieu des bureaux et fait aujourd’hui partie intégrante des espaces patrimoniaux et historiques du CHU de Toulouse.

Un étage complètement reconfiguré

Dans ce service de chirurgie traumato-orthopédique, qui occupait les 3e et 4e étages du bâtiment longeant la Garonne, il y avait à l’origine 4 salles d’opérations dont une seule possédait un scialytique. C’est celle-ci qui fut conservée en l’état.
Entre 1960 et 1980, tout l’espace réaménagé aujourd’hui en bureaux occupés actuellement par des services administratifs, avait une toute autre figure : outre les quatre salles d’opération, se situaient une salle de stérilisation et une pièce de développement radio jouxtant toutes deux la salle d’opération restante. Existait également une « salle des plâtres », le bureau de la surveillante et une salle de repos.

Le service de traumato-orthopédie de l’Hôtel-Dieu

Le professeur Georges Rieunau fut le premier patron à la tête de ce service au début des années 1960 et fut donc le premier à se servir de la salle d’opération. Il dirigeait le service de chirurgie orthopédique et traumatologique (4e étage) tandis que le professeur Ficat dirigeait le service des convalescents chirurgicaux (3e étage).
En 1965, toute l’activité orthopédique et traumatologique des Hôpitaux de Toulouse était concentrée à l’Hôtel-Dieu et dans une mesure plus négligeable à Purpan. Les années 1970 – 1975 représentent l’apogée des activités de ce service à l’Hôtel-Dieu.
En 1976, le service de traumato-orthopédie fut petit à petit fragmenté pour « migrer » progressivement vers le nouvel établissement de Rangueil.
A la mort du professeur Rieunau en juin 1971 (un décès brutal qui a laissé le service dans la désorganisation et l’émoi) le professeur Ficat est nommé à la chaire de traumatologie et laisse sa place aux convalescents chirurgicaux au professeur Uteza.
C’est le professeur Gay qui fut le dernier patron de ce service à l’Hôtel-Dieu en 1976 avec le professeur Michel Mansat.
A partir de 1980, tout l’étage fut re-compartimenté.

La salle d’opération sauvegardée

Construite lors de la rénovation de l’aile Garonne au début des années 1960, (date exacte inconnue mais en 1962, elle fonctionnait déjà), cette salle d’opération est semble-t-il la seule de cette époque subsistant dans son entier en France : c’est en tout cas ce qu’affirment les auteurs d’un imposant ouvrage « Le patrimoine hospitalier en France » (éditions Scala – 2004), Anne Pétillot et Georges Fessy, suite à leur visite en 2004 au CHU de Toulouse.
A l’intérieur, l’essentiel est préservé : on trouve encore les différents panneaux de commande (de gauche à droite en entrant) : la commande du scialytique ; en face : respectivement la lucarne d’affichage des radios donnant sur le local de développement des radios et celle du négatoscope à côté ; les anciennes bouches de climatisation avec les régulateurs. Au fond à droite le panneau de commande du bistouri électrique et à côté, la porte, aujourd’hui condamnée, donnant sur le couloir ponctué de fenêtres donnant sur la Garonne : la lumière du jour pouvait arriver jusqu’au bloc. Il n’y avait visiblement pas de micro pour communiquer entre la salle et l’espace d’observation au niveau supérieur : quelqu’un devait donc faire les allers et retours lorsque c’était nécessaire !
Enfin, au sol et sur les murs le revêtement carrelé sans coins ni angles droits pour le lavage à grande eau a été conservé.
Les équipements de la salle, outre la table d’opération orthopédique qui trônait au centre (vraisemblablement pas celle qui est exposée aujourd’hui) se limitaient au bistouri électrique, au respirateur et à un appareil de radiographie Picker (provenant de l’armée américaine comme beaucoup de matériel médical dans les années 1960).
D’après les témoignages recueillis, les dernières opérations dans cette salle furent effectuées en avril ou mai 1976, au moment de l’ouverture de l’Hôpital de Rangueil.

La salle d’observation et le scialytique

Au niveau supérieur, la pièce d’observation a été également sauvegardée : elle est équipée d’une rambarde circulaire surplombant une coupole d’observation autour de laquelle les étudiants observaient l’opération. Le scialytique, système d’éclairage de l’espace opératoire sans ombre portée, qui surplombe la coupole est en encore état de fonctionnement. La commande en haut de l’escalier à droite est évidemment moderne et fut recréée pour le besoin des visites.

De la désaffectation à l’ébauche d’un musée

Dans cette salle, après sa désaffectation et pendant plus de vingt ans, le docteur André Graulle (1927-2006) médecin anesthésiste des hôpitaux de Toulouse qui participa notamment à la première opération à cœur ouvert en février 1958, va recueillir une importante collection d’instruments de médecine et de chirurgie, constituant ainsi la première ébauche d’un musée dédié à l’instrumentation chirurgicale : ce qui explique la présence de l’éclairage supplémentaire et de plusieurs vitrines en bois bien étrangères à une salle d’opération aseptique !
A partir de 2003, l’inventaire de tous ces instruments et appareils fut entreprit par la Commission du Patrimoine Historique du CHU de Toulouse. En 2005, cette importante collection sortit de la confidentialité pour trouver sa place dans l’actuel Musée des Instruments de Médecine situé au rez-de-chaussée du bâtiment longeant la rue Viguerie.

Ce bloc opératoire a été affecté pendant plus de 10 ans aux réserves du Musée des Instruments. Ces réserves ont été déplacées en 2018 dans un nouveau local ce qui a permis de rendre à cette salle sa configuration (presque) d’origine et de l’inclure dans le circuit des visites des espaces patrimoniaux de l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques.

Ce bloc opératoire est ouvert aux visites guidées uniquement.
Voir conditions et tarifs :