La maladie

Qu’est-ce que le syndrome de Marfan ?

Publié le 08/10/2019 à 16h18 (mis à jour le 08/10/2019 à 16h27)

Décrite en 1896, le syndrome de Marfan (Marfan syndrome, MFS ; MIM 154700) est une maladie génétique rare (1/5000), autosomique dominante (75% familial), en rapport avec une fragilité du tissu conjonctif. Ce syndrome est caractérisé par l’association :

  • d’une atteinte oculaire (myopie, luxation du cristallin),
  • d’une atteinte cardiovasculaire (prolapsus de la valve mitrale, dilatation de l’aorte),
  • d’une atteinte squelettique (grande taille avec morphotype longiligne, pectus, scoliose, ostéopénie) [1].

Des critères diagnostiques, cliniques et génétiques, ont été établis par la nosologie de Ghent en 1996 [2], révisée en 2010 [3]. L’atteinte cardiovasculaire avec le risque de dissection de l’aorte fait la gravité de la maladie, c’est pourquoi un traitement préventif par bêta-bloquant est recommandé dès l’enfance [1].

Le syndrome de Marfan est principalement causé par des mutations du gène FBN1 codant une protéine de la matrice extracellulaire, la fibrilline de type 1.

Initialement, il était suggéré que les anomalies structurales, quantitatives et/ou qualitatives, de la fibrilline étaient responsables des différentes manifestations observées. Des études plus récentes ont souligné le rôle majeur de la dysrégulation de la voie de signalisation du transforming growth factor-beta (TGF-β) dans la physiopathologie de cette maladie [4]. Ainsi, FBN1 régule la biodisponibilité du TGF-β par son interaction avec le latent TGF-β binding proteins (LTBPs), et la perte de FBN1 conduit à un relargage du TGF-β, qui active la voie de signalisation correspondante. De manière intéressante, la diminution de l’activation de la voie des TGF-β, par des anticorps anti-TGF-β ou le losartan, un antagoniste du récepteur à l’angiotensine 2, permet la correction des différentes atteintes dans un modèle murin invalidé pour Fbn1 [5]. Des études réalisées dans plusieurs pays sur l’effet bénéfique potentiel du losartan chez l’homme ont retrouvé des résultats discordants [6].

Retrouvez une partie de cette information dans le document ci-dessous :

Formes familiales d’anévrysmes et de dissections aortiques syndromiques ou non syndromiques

L’exemple du syndrome de Loeys-Dietz, qui est un syndrome apparenté au syndrome de Marfan, est lié à une atteinte de la voie du TGF-β. Bien que ce syndrome partage de nombreux points communs avec le syndrome de Marfan, il existe des différences entre ces deux syndromes. L’atteinte ophtalmologique et les signes squelettiques sont généralement plus modérés mais des scolioses nécessitant une chirurgie ont également été décrites dans le syndrome de Loeys-Dietz.

Les patients présentant un syndrome de Loeys-Dietz et ceux présentant un syndrome de Marfan ont une atteinte aortique semblable (dilatation prédominant au niveau des sinus de Valsalva mais qui peut concerner l’ensemble de l’aorte). Contrairement au syndrome de Marfan, il y a également un risque d’anévrysmes et de dissections des artères de moyen calibre chez les patients présentant un syndrome de Loeys-Dietz. C’est pourquoi un bilan vasculaire complet (angio-scanner) est nécessaire en plus de l’échocardiographie dans le suivi [7].

[1Judge, D.P. and H.C. Dietz, Marfan’s syndrome. Lancet, 2005. 366(9501) : p. 1965-76.

[2De Paepe, A., et al., Revised diagnostic criteria for the Marfan syndrome. Am J Med Genet, 1996. 62(4) : p. 417-26.

[3Loeys, B.L., et al., The revised Ghent nosology for the Marfan syndrome. J Med Genet, 2010. 47(7) : p. 476-85.

[4Ramirez, F. and H.C. Dietz, Marfan syndrome : from molecular pathogenesis to clinical treatment. Curr Opin Genet Dev, 2007. 17(3) : p. 252-8.

[5Habashi, J.P., et al., Losartan, an AT1 antagonist, prevents aortic aneurysm in a mouse model of Marfan syndrome. Science, 2006. 312(5770) : p. 117-21.

[6Gao, L., et al., The effect of losartan on progressive aortic dilatation in patients with Marfan’s syndrome : a meta-analysis of prospective randomized clinical trials. Int J Cardiol, 2016. 217 : p. 190-4.

[7Jondeau, G., et al., International Registry of Patients Carrying TGFBR1 or TGFBR2 Mutations : Results of the Montalcino Aortic Consortium, Circ Cardiovasc Genet. 2016 December ; 9(6) : 548–558.