Les façades Garonne de l’Hôtel-Dieu
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Classé monument historique, l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques a fait l’objet entre 2023 et 2026 de travaux de restauration afin de lui redonner son éclat d’origine. Cependant, au-delà du visible depuis les rives du fleuve, c’est bien l’état structurel de l’aile Garonne qui est une préoccupation ancienne des décideurs hospitaliers…
Depuis toujours et ce jusqu’à la fin du XIXème siècle, la vie de Toulouse et du quartier Saint-Cyprien en particulier est rythmée par le gonflement des eaux de la Garonne qui sort de son lit en moyenne tous les dix ans, de manière plus ou moins meurtrière. Lors de l’inondation de 1875, les eaux emportèrent en partie « le pilier de la Chapelle » : nom donné à la pile centrale de la Garonne dont une petite partie a subsisté jusqu’en 1949.
La vie des édifices en bordure du fleuve – et leur résistance structurelle – a toujours été fortement impactée par les inondations. L’aile Garonne de l’Hôtel-Dieu et le dernier vestige du Pont de la Daurade entrent dans ce cas de figure.
En 1892, une inspection par des scaphandriers constate le bouleversement des fondations sur pilotis du bâtiment. On engage alors des travaux de consolidation dès 1895 et qui vont se poursuivre jusqu’en 1903. Mais ces travaux ne suffiront pas...
Dès 1948, un risque d’écroulement de l’édifice était signalé, le doute régnait sur la solidité des fondations. Dans les années 1950, l’Hôtel-Dieu se trouvait dans le même état que dans les années 1920… avec quelques décennies en plus. Au début de l’année 1950 certaines salles communes sont même évacuées, les combles débarrassés pour soulager l’édifice. L’accord pour la réalisation de travaux est validé pour l’année suivante.
En 1953 le verdict tombe : les rapports sur l’état les fondations conduisent à une seule alternative : démolir l’aile Garonne ou la consolider …
Tel est le titre d’un article du journal Le Patriote du 26 mars 1953 écrit par Jean Sibillaud, vice-président de la Caisse régionale de Sécurité sociale : « Nous sommes quant à nous pour l’abandon de l’Hôtel-Dieu comme hôpital et son maintien comme monument historique faisant partie du patrimoine communal qui serait criminel de laisser disparaître. »
Le spectre de l’effondrement du clocher de l’église de la Dalbade en 1927 est agité pour mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités.
En 1953 la Pile du Pont accolée au bâtiment est restaurée et l’année suivante – alors que l’aile Garonne est déjà déserte depuis 4 ans – la réfection du mur baignant dans le fleuve est actée. On décide d’étayer la façade Garonne avec des pieux reliés par une poutre en ciment. Les grands travaux commencent en 1955 et à la fin de cette année les travaux de consolidation de l’aile sont achevés.
En 1958, l’ancienne entrée de l’Hôtel-Dieu, en bout de rampe depuis le Pont Neuf, est démolie et le nouvel accès depuis la rue Viguerie est opérationnel.
Au début des années 1960, l’Hôtel-Dieu prenait le visage qu’il allait garder jusqu’en 2023 … Mais plus de soixante ans plus tard, de nouveaux défis sont à l’ordre du jour…
L’initiative qui est menée par le CHU de Toulouse depuis 2023 s’inscrit dans une double volonté de restauration et de préservation du patrimoine historique d’une part ; ainsi que de mise en conformité réglementaire (rénovation énergétique) nécessitant une adaptation aux normes actuelles, d’autre part.
L’opération de restauration des façades de l’Hôtel-Dieu fait suite à un diagnostic patrimonial réalisé par l’architecte en chef des Monuments Historiques en 2018, qui avait établi des désordres importants, constituant une fragilité structurelle.
L’opération permet ainsi d’assurer la pérennité de l’édifice.
Elle s’accompagne en outre d’une rénovation complète des menuiseries qui contribue à renforcer l’isolation acoustique et thermique des lieux, dans le cadre du plan de sobriété énergétique du CHU de Toulouse. Enfin, ces travaux répondent aux exigences d’entretien des façades des immeubles du centre historique de Toulouse, exigences fixées au CHU par arrêté municipal conformément au code la construction.
La restauration des façades de l’Hôtel-Dieu a démarré à l’automne 2023 et s’est poursuivie entre novembre et mars de chaque année jusqu’en 2026, respectant ainsi la période de nidification des martinets pâles à partir du printemps. Cette espèce - nidifiant habituellement à flanc de falaise au dessus de la mer - a en effet choisi la façade de l’Hôtel-Dieu comme nichoir de prédilection !
Du point de vue budgétaire, tout repose sur un financement dédié, défini par le CHU sans obérer ses capacités d’investissement de restructuration et médical par ailleurs, sur un soutien de mécénat apporté par l’Institut Saint Jacques, le fonds de dotation du CHU, et sur une demande de financement en cours d’instruction auprès la DRAC.
A l’occasion de ses actions de préservation du patrimoine, le CHU de Toulouse s’inscrit dans une vision durable et responsable.
Entre novembre 2022 et mars 2023, la pile de l’ancien Pont Couvert de la Daurade a bénéficié d’une restauration. Ces travaux ont été menés par le CHU de Toulouse, maître d’ouvrage, en cohérence avec la future réhabilitation des façades de l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques.
Au cours de cette opération, une mise au jour a été faite le 16 janvier 2023 par l’équipe archéologique de Toulouse Métropole : une statue maçonnée dans la pile du Pont.
Sa découverte n’est pas totalement fortuite puisque son socle et une partie du drapé du vêtement du personnage étaient déjà visibles à la jonction de la façade et du muret avant même le début des travaux. Une fois le mortier dégagé, la statue est progressivement apparue.
Ce que l’on sait à ce jour, c’est que cette statue a dû se casser à une date indéterminée puis peut-être retirée de son emplacement originel et remisée car devenue sans utilité.
Au XVIIème siècle, alors que le pont n’était déjà plus ouvert à la circulation (le Pont Neuf était ouvert dès 1632), la statue a fait l’objet d’un réemploi, pratique très courante depuis la plus haute Antiquité en architecture - mais pas seulement : Sur tous les sites archéologiques, il est fréquent d’observer une maçonnerie utilisant des pierres diverses, chapiteaux de colonnes, statuaire etc… appartenant à d’autres édifices, époques, ou lieux et considérés sur le moment comme matériau de recyclage.
La statue brisée a due être maçonnée dans la pile du pont dans le cadre peut-être de travaux de renforcement.
Haute de près d’un mètre, un tiers de l’oeuvre est toutefois manquant (la tête et le buste).
Très bien sculptée sur sa face avant, l’arrière ne présente au contraire aucun détail, elle devait donc être adossée à une façade ou placée dans une niche...
Les premières analyses
Après cette opération de terrain, la statue est partie au service de restauration du patrimoine de Toulouse Métropole où elle a fait l’objet d’un toilettage et d’une étude comparative et stylistique pour l’identifier scientifiquement.
La statue est en calcaire et mesure 1,30 de hauteur avec son socle, légèrement inférieure à l’échelle humaine. L’inscription à la base de son socle "S. IACOB[US]" laisse penser qu’il s’agit vraisemblablement d’une représentation de Saint-Jacques. Les chiffres "1 & 5" sur une seconde face du socle correspondent à un millésime, c’est-à-dire le début d’une date. Cette inscription suggère une mise en oeuvre au XVIème siècle.
Le personnage tient un livre de sa main droite et plusieurs détails sont bien visibles : drapé du vêtement, chaussons eucharistiques, panetière.
L’absence de visage et des doigts de la seule main visible rendent une analyse du style difficile. En effet, ces détails précisément sont les plus caractéristiques d’une période ou d’un artiste.
Les experts concluent à une oeuvre peut-être réalisée dans les années 1510-1530 sans pour autant exclure une datation autour des années 1550.
Peut-être que la statue prenait place dans l’oratoire de la cinquième pile du pont (détruite en 1875) auprès des statues de la Vierge et du Christ qui s’y trouvaient. (voir document Histoire du Pont de la Daurade).
Elle pouvait être aussi située dans l’une des tours d’entrée du pont ou bien dans un tout autre endroit et utilisée ici comme réemploi.
Enfin, le buste fera peut-être un jour sa réapparition !
Source : Pile du pont Vieux Hôtel-Dieu Saint-Jacques Toulouse. Haute-Garonne Occitanie. Rapport de fouille archéologique préventive. Sous la direction de Mélanie Chaillou. Toulouse Métropole. Décembre 2025. 450 p
Les autres découvertes
Au cours de ces travaux de restauration des fouilles préventives furent effectuées mais peu de mobilier a été mis au jour lors de la fouille du tablier et de la pile : quelques fragments de verre, agrafes et scellements de plomb servant à l’assemblage (cramponnage) des blocs de pierre entre eux.
Vingt et un signes lapidaires (marques des tailleurs de pierres pour la pose, l’assemblage et le montage) ont été également découverts sur les pierres de taille de l’avant-bec de la pile.
Enfin, on préleva également des échantillons de mortiers à des fins d’analyse (15 mortiers différents sur 53 prélèvements). Ceux-ci contenaient des charbons qui - analysés au radiocarbone - ont permis de documenter des différentes phases de travaux de la pile du pont entre le XIIe et le XVe siècle, au nombre de six.
La Pile du Pont de la Daurade restaurée, la suite pouvait être entreprise ...
Source : Pile du pont Vieux Hôtel-Dieu Saint-Jacques Toulouse. Haute-Garonne Occitanie. Rapport de fouille archéologique préventive. Sous la direction de Mélanie Chaillou. Toulouse Métropole. Décembre 2025. 450 p
Dès la fin de l’année 2025 a été entamée la troisième tranche de restaurations qui correspond aux façades depuis l’angle du bâtiment Garonne du XIIe siècle jusqu’au bâtiment Baric à proximité du Port Viguerie.
Les façades d’une petite cour intérieure insérée entre les bâtiments XIIe et XVIIe siècle ont été comprises dans ce programme de restaurations.
Sur l’une des façades de cette cour se trouvait une fenêtre géminée (groupées par deux) bouchée qui daterait par sa forme du XIIe siècle. Cette baie géminée, figurant sur la façade XIIe siècle du bâtiment - qui correspondait à l’emplacement de la chapelle médiévale - aurait été bouchée au moment de la construction de l’aile perpendiculaire à partir de 1674.
Le dégagement de la baie et la découverte des volets
Le débouchage a mis au jour une colonne en marbre avec base et chapiteau sculpté (élément architectural que l’on pouvait s’attendre à trouver ici) ainsi que deux volets en bois d’une hauteur - évaluée à ce stade - d’au moins 2,20 mètres et larges d’environ 0,90 mètres ... ce qui était beaucoup plus inattendu !
A priori, ces volets cachés jusqu’ici étaient nécessairement antérieurs au XVIIe siècle et peut-être datés espérait-on du XIIe siècle. Si une telle datation était vérifiée, la découverte – déjà majeure – serait exceptionnelle...
Des prélèvements ont été faits dans le bois en novembre 2025 pour déterminer l’essence et une étude au radiocarbone a été réalisée pour en trouver la datation. Ce travail a été fait par une anthracologue (étude des bois carbonisés des sites archéologiques) du bureau d’investigations archéologiques Hadès.
Parallèlement, des prélèvements de briques et de mortiers ont été réalisés en diverses parties des élévations et confiés au laboratoire Archéosciences de Bordeaux.
Dans l’attente des résultats et afin de ne pas accélérer une dégradation brutale des éléments du fait de leur exposition à la lumière, aux variations de températures et aux intempéries, la baie géminée avait été bouchée à l’aide de matériaux spéciaux pour stabiliser ces éléments fragiles.
Derrière ces volets, ni trésor caché ni mystère à résoudre puisque la baie géminée a été murée sur l’arrière à l’époque de la construction de la seconde chapelle mise en service en 1863 sur laquelle elle donne directement.
Les premiers résultats
Au début de l’année 2026, les premiers résultats sont tombés : les analyses au radiocarbone sur le bois prélevé ont démontré une datation à la fin du XIIIesiècle
Élodie Faure, anthracologue à Hadès, a déterminé que les planches sont en sapin. Chaque volet a une hauteur de 2,35 m et une largeur de 0,90 m, composé de deux panneaux articulés par une charnière métallique afin de pouvoir les plier en deux pour les ouvrir.
Des tiges métalliques pourvues d’anneaux, scellées dans le chapiteau et la base de la fenêtre, permettaient de fermer les volets à l’aide d’une goupille. Ils constituent le seul système de fermeture de la fenêtre (il n’y avait pas de vitrage).
L’extraction de l’ensemble
Le 13 avril 2026, les volets ont été déposés par Hadès et par la conservatrice et restauratrice Julie Catalo en vue de restaurations.
Le travail délicat impliquait en premier lieu de réaliser un dégagement minutieux de l’ensemble des volets le plus net possible sur tout le pourtour de la baie géminée afin de pouvoir procéder à une extraction sans risque.
Une fois les dégagements réalisés, les deux parties correspondant à la baie de droite ont été extraits et placés dans des contenants fabriqués sur mesure. Puis ce furent les éléments de la baie de gauche.
Certains morceaux de bois très fragilisés ont été déposés en amont, scrupuleusement collectés et étiquetés afin de pouvoir reprendre leur place dans la reconstitution finale.
Ce précieux patrimoine hospitalier une fois restauré sera en effet réassemblé et la reconstitution sera visible du public dans la salle des Pèlerins de l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques en février ou mars 2027.
Une scénographie sera réalisée et les données scientifiques collectées permettront de rédiger l’histoire de ces volets … s’ils veulent bien livrer leurs derniers secrets !
Découvrez le déroulé des opérations d’extraction des volets dans le diaporama ci-dessous :
La colonne et le chapiteau de la baie géminée sont en cours de restauration et l’ensemble sera mis en valeur in situ par l’architecte.
Cette troisième tranche de restauration sera achevée à la fin du mois d’avril 2026 et la cour formée par l’angle des bâtiments sera visitable par le public dès le mois de juin.
Pour en savoir plus sur la restauration des façades débutée en 2023, consultez notre dossier de presse ci-dessous :