Maladies cardiovasculaires : une étude démontre l’efficacité de 2 examens pour détecter les risques avant les symptômes
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Une étude publiée dans la revue scientifique The European Journal of Internal Medicine à laquelle a contribué notre CHU démontre que la réalisation de 2 examens spécifiques pour dépister l’athérosclérose permet de mieux évaluer le risque de maladies cardiovasculaires, même chez les personnes sans symptômes et considérées à faible ou moyen risque.
Pilotée par 2 cardiologues, le Pr Jean Ferrières (CHU de Toulouse) et le Dr Anthony Matta (CH intercommunal des vallées de l’Ariège), cette recherche met en lumière l’intérêt d’aller au-delà des recommandations « classiques » afin d’optimiser les décisions thérapeutiques.
Le CDPA, pionnier du dépistage de l’athérosclérose 1 en France
Créé en 1995, le Centre de dépistage et de prévention de l’athérosclérose (
Aujourd’hui, ce centre renommé « centre d’expertise des dyslipidémies rares (
- depuis 1995, une prise de sang pour mesurer la lipoprotéine (a), une particule qui transporte le cholestérol et dont un taux élevé constitue un facteur de risque au-delà du mauvais cholestérol LDL,
- depuis 2015, le scanner cardiaque sans injection pour mesurer le calcium des artères coronaires (score calcique ou score d’Agatston).
Chiffre-clé
- 5 984 patient·es ont bénéficié de ces 2 examens au CDPA entre 2015 et 2025
Des examens qui affinent la prévention et les traitements
L’évaluation du risque cardiovasculaire en prévention primaire vise à estimer la probabilité qu’une personne n’ayant jamais présenté de maladie cardiovasculaire développe, à l’avenir, un accident cardiaque ou vasculaire. Pour accompagner les médecins dans cette démarche, des scores de risque cardiovasculaire ont été développés : ces outils combinent plusieurs facteurs de risque reconnus afin d’estimer le risque à 10 ans.
Parmi eux, le SCORE2, recommandé par la Société européenne de cardiologie, prend en compte l’âge, le sexe, le tabagisme, la tension artérielle et le taux de cholestérol. Il permet de classer le risque cardiovasculaire en 4 niveaux (faible, modéré, élevé ou très élevé) et d’orienter ainsi sur les mesures de prévention nécessaires, comme des recommandations sur le mode de vie ou la mise en place d’un traitement adapté.
Cette étude a analysé les données de 3 442 patient·es suivis au CDPA, à l’aide des 2 examens. Les résultats montrent que :
- nombre de patient·es présentent déjà des dépôts dans leurs artères, révélés par un score calcique élevé, même parmi celles et ceux initialement classé·es à faible ou moyen risque,
- un taux élevé de la lipoprotéine (a) est fréquemment observé chez ces patient·es, ce qui permet de mieux stratifier le risque 2 et d’identifier les patient·es qui bénéficieront d’un traitement préventif, notamment par statines (médicaments pour réduire le cholestérol).
Selon les recommandations basée sur le SCORE2, la prescription de statines est recommandée chez :
- 21,6% de ces patient·es à risque bas ou intermédiaire,
- 83,5% de ces patient·es à risque élevé,
- 93,2% de ces patient·es à très haut risque.
Grâce à l’analyse de leur score coronaire calcique et de leur taux de lipoprotéine (a), ces pourcentages passent respectivement à 15,5%, 35,3%, et 35,8%.
Dans un premier temps, l’évaluation du risque cardiovasculaire doit être basée sur les facteurs de risque traditionnels comme ceux du SCORE2 - âge, sexe, tabagisme, tension artérielle, cholestérol. Gratuit, facilement accessible et doté d’une forte valeur clinique, cet outil permet d’identifier les patients à prioriser pour une évaluation cardiologique, favorisant ainsi une prise en charge spécialisée précoce et adaptée. En cas de doute sur la nécessité d’un traitement préventif à long terme, le recours au scanner thoracique pour le calcul du score coronaire calcique d’Agatston et le dosage de la lipoprotéine (a) sont des éléments essentiels dans la discussion avec les patients.
Pr Jean Ferrières
cardiologue au CHU de ToulouseDr Anthony Matta
cardiologue au CH intercommunal des vallées de l’Ariège
Notes de bas de page
1 L’athérosclérose, caractérisée par l’accumulation de plaques dans les artères, peut réduire la circulation sanguine et provoquer des complications graves comme l’infarctus ou l’AVC.
2 La stratification des risques consiste à classer les patients selon leur probabilité de développer une maladie. Cela permet aux médecins de prioriser les soins et d’adapter les traitements selon le niveau de risque.